Pesticides en Poitou-Charentes... et partout en France...

mardi 27 mai 2008 par Jacques BRIE (Administrateur) , Viviane BEAU (Bénévole)

En annonçant une réduction de 50 % les pesticides, le Grenelle de l’environnement a aiguisé la sensibilité du public. Faisons un point sur ces produits que l’on retrouve partout, avec un extrait d’une publication de Vienne Nature.

Les pesticides abondamment utilisés depuis une cinquantaine d’années, principalement par les agriculteurs mais également par les collectivités et les particuliers, sont maintenant retrouvés dans tous les milieux naturels. L’air que nous respirons, les rivières, les nappes d’eau souterraines et les sols contiennent des pesticides. On peut parler de contamination généralisée, avec des conséquences évidentes sur la biodiversité et des conséquences sur la santé humaine que l’on commence à entrevoir, même si les relations de cause à effet sont plus longues et difficiles à mettre en évidence dans ce domaine.

Qu’appelle-t-on pesticides ?

Les pesticides sont des produits qui permettent d’éliminer les végétaux ou les animaux considérés par l’homme comme indésirables. On distingue les produits phytosanitaires, utilisés pour protéger les cultures, et les biocides, utilisés pour désinfecter et protéger les récoltes et par les particuliers contre les parasites. Les pesticides sont classés en différentes catégories selon les effets attendus : herbicides, fongicides, insecticides, acaricides, molluscicides, nématicides, rodenticides,…

Tous ces produits sont commercialisés sous forme de préparations solides ou liquides dans lesquelles sont mélangés une ou plusieurs substances actives et des adjuvants.

On trouve sur le marché français plus de 5 000 produits différents utilisant environ 500 substances actives différentes.

La législation sur la commercialisation des pesticides

Ces produits ne sont commercialisés en France que s’ils ont reçu une autorisation de mise sur le marché (AMM) délivrée pour 10 ans par le Ministère de l’Agriculture, après avis de l’Agence Française pour la Surveillance Sanitaire de l’Alimentation (AFSSA), et en application de la Directive européenne 91/414/CEE du 15 juillet 1991.

Depuis le 30 septembre 2000, les produits utilisables par les particuliers et jardiniers amateurs doivent obligatoirement porter la mention « usage autorisé au jardin »(cf. arrêtés du 23 décembre 1999 et du 6 octobre 2004).

Qui utilise des pesticides et en quelle quantité ?

On a utilisé en France 76 000 tonnes de substances actives en 2004 (100 000 tonnes en 2000). Notre pays reste néanmoins le premier utilisateur de pesticides en Europe (30% des quantités consommées) et le troisième au plan mondial. Certains secteurs sont gros consommateurs comme par exemple la viticulture qui représente en France 20% du marché pour 3% de la Surface Agricole Utile (SAU). Utilisation agricole des pesticides en France selon les cultures (comparée aux surfaces). Source : Ministère Agriculture 2005

En 2005, dans la région Poitou-Charentes, plus de 2 500 tonnes de substances actives ont été utilisées par les agriculteurs (environ 800 tonnes en Charente) alors que les usages non agricoles n’en ont utilisé "que" 65 tonnes (2 tonnes pour l’entretien des routes et des autoroutes, 15 tonnes pour la SNCF, 24 tonnes pour les mairies et 24 tonnes pour les particuliers). Source : FREDON

Certaines substances sont de plus en plus utilisées comme par exemple le glyphosate, qui est un herbicide (460 tonnes sur la région en 2005, soit environ 20% de la consommation totale).

Que deviennent ces pesticides ?

Selon les conditions d’utilisation, 20 à 40% des pesticides épandus n’atteignent pas leur cible. Les causes sont multiples : dérive lors de l’épandage (mauvais réglage du matériel, entraînement par le vent), revolatilisation des produits, entraînement par la pluie (ruissellement et infiltration) et par l’érosion. On retrouve ainsi des pesticides dans tous les compartiments de l’environnement (air, eaux, sols), dans tous les écosystèmes terrestres et aquatiques où ils contaminent à des degrés divers plantes et animaux.

Bien entendu, on les retrouve aussi dans les produits alimentaires issus directement (céréales, légumes, fruits) ou indirectement (jus de fruits, vin, bière, lait, viande) des cultures traitées. Source : CPP-Corpen

Le suivi des pesticides dans l’environnement

D’après l’Institut Français de l’Environnement (IFEN), service du Ministère de l’Ecologie, « la contamination des eaux naturelles par les pesticides est quasi généralisée ». Les analyses effectuées en 2004 révèlent qu’en France 96% des eaux superficielles ainsi que 61% des eaux souterraines contiennent des produits phytosanitaires.

Dans la région, la vulnérabilité de la ressource en eau vis à vis des pollutions diffuses par les nitrates et les pesticides est très importante. La dégradation continue et régulière de la qualité des eaux brutes constatée depuis les années 1970 a ainsi entraîné la mise hors service de 140 captages dans la région pendant la dernière décennie – dont 26 en Charente (source : Direction régionale de l’environnement).

Des pesticides sont également présents dans l’air que nous respirons. Les mesures effectuées par l’ATMO Poitou-Charentes (association régionale pour la mesure de la qualité de l’air), mettent en évidence une contamination de fond permanente, tant en ville qu’à la campagne, avec des pics plus importants correspondant, avec un décalage de quelques jours ou de quelques semaines, aux périodes de traitements agricoles. Il faut noter qu’il n’existe actuellement aucune norme pour les pesticides dans l’air.

Le suivi des pesticides dans l’eau potable

La Direction régionale à l’action sanitaire et sociale (DRASS) est chargée de la surveillance de l’eau potable distribuée. La présence de pesticides est tolérée dans l’eau potable.

La réglementation fixe une limite de qualité à ne pas dépasser dans l’eau destinée à l’alimentation humaine : elle est de 0,1 µg/L par substance (molécule mère et métabolites de dégradation), sauf pour 4 pesticides (aldrine, dieldrine, heptachlore et heptachlorépoxyde), pour lesquels le seuil est abaissé à 0,03 µg/L. De plus, la concentration totale des pesticides mesurés doit rester inférieure à 0,5 µg/L. Des limites de qualité sont également fixées pour les eaux brutes, superficielles et souterraines, destinées à la production d’eau d’alimentation (2 µg/L par substance et 5 µg/L au total).

En 2003, 61% des captages d’eaux brutes utilisées dans la région pour la préparation de l’eau potable contenaient des pesticides, 53% dans la Vienne. (source : DRASS). Au cours de l’année 2004, environ 20 % de la population régionale (24 % en 2001) a été concernée par des dépassements de limites de qualité pour l’eau distribuée.

Le suivi des pesticides dans les denrées alimentaires

D’après le Règlement européen (CE) n° 396/2005 de février 2005, la présence de pesticides est tolérée dans les produits d’origine animale ou végétale destinés à la consommation humaine ou animale en s’assurant que les résidus de pesticides présents dans les aliments ne constituent pas un risque inacceptable pour la santé des consommateurs et des animaux. On parle alors de Limite Maximale de Résidu (LMR) dans les denrées commercialisées.

En 2004, 48% des échantillons de fruits et légumes contrôlés en France contenaient des résidus de pesticides, 25% des échantillons en contenaient plusieurs (jusqu’à 8 !) et 4% étaient hors norme (dépassement de la LMR) dont 12% des échantillons de fraises.

Les conséquences de l’utilisation des pesticides

Les conséquences sur la biodiversité Présents dans tous les écosystèmes, les pesticide se retrouvent dans les différents maillons des chaînes alimentaires affectant ainsi le comportement et la reproduction de nombreuses espèces vivantes. Les entomologistes observent la raréfaction de nombreuses espèces de papillons et d’insectes butineurs (abeilles) qui jouent un rôle fondamental dans la pollinisation des plantes, en particulier des arbres fruitiers. Les espèces dont le régime alimentaire est insectivore paient un lourd tribut ainsi qu’en témoigne la diminution de certaines espèces d’oiseaux, comme les hirondelles, ou d’espèces de chauves-souris. Amphibiens, reptiles et poissons (dont l’anguille, particulièrement sensible) sont également touchés. Les traitements phtytosanitaires répétés provoquent aussi un appauvrissement, moins visible mais bien réel, de la microfaune et de la flore microbienne des sols, diminuant ainsi leur fertilité. Ils contribuent par exemple à la diminution des vers de terre dont le rôle est essentiel dans le maintien de la structure des sols et de la circulation de l’eau. Les botanistes signalent la quasi-disparition de certaines plantes comme par exemple les messicoles, plantes des moissons, comme le bleuet et la nielle.

Les conséquences sur la santé

Dans ce domaine, les professionnels, agriculteurs et agents des collectivités, sont les premiers concernés. Les données sur la toxicité des phytosanitaires peuvent être consultées dans la base de données AGRITOX créée par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et administrée par l’AFSSA. Si toutes les précautions d’emploi ne sont pas respectées, une intoxication aigüe peut survenir. Des maux de tête, nausées, maux de ventre, irritations cutanées ou oculaires, des difficultés à respirer sont fréquemment signalés. En cas d’exposition chronique aux pesticides, les atteintes de la fonction de reproduction, les troubles neurologiques et les pathologies cancéreuses sont les effets sanitaires les plus fréquemment évoqués. Des études toxicologiques et des enquêtes épidémiologiques sont en cours qui permettront peut-être de confirmer la forte suspicion d’un lien causal pour certains types de cancers (tumeurs cérébrales, lymphomes,…) observés plus fréquemment chez les agriculteurs.

Les évolutions récentes dans l’utilisation des pesticides

Longtemps niées ou minimisées, les conséquences de la pollution diffuse liée à l’utilisation massive des pesticides commencent à être mieux connues des professionnels et du grand public et des actions correctives commencent à voir le jour mais celles-ci sont encore largement insuffisantes.

Certes, les tonnages des substances actives utilisées en France ont un peu diminué depuis l’an 2000, certes de nombreuses substances toxiques et persistantes ont été interdites en agriculture (comme le lindane en 1998, l’atrazine en 2003,…) mais ces substances et leurs produits de dégradation sont toujours retrouvés couramment dans l’air, les sols et les eaux. Et parmi les 4 à 500 molécules homologuées, il en reste encore environ une centaine qui sont classées C.M.R. ou qui sont immunotoxiques ou perturbateurs endocriniens.

Certes, l’agriculture biologique, qui n’utilise pas d’engrais ni de pesticides de synthèse, est une alternative maintenant reconnue officiellement et qui se développe… mais encore trop modestement (à peine 2 % de la Surface agricole utile (SAU) en Poitou-Charentes comme en France) et pour satisfaire la demande des consommateurs, la France est obligée d’importer des produits biologiques.

Au niveau national, un Plan interministériel de réduction des risques liés aux pesticides (PIRRP) a été lancé pour la période 2006-2009. Pour l’Etat : « Ce plan vise à réduire l’utilisation des pesticides et les risques qu’ils engendrent sur le plan sanitaire pour les utilisateurs de produits et les consommateurs de denrées, ainsi que leurs effets potentiels sur les différents compartiments de l’environnement (eau, air, sol) et la biodiversité ». Un des objectifs de ce plan est de réduire de 50% d’ici 2009, les quantités de substances actives vendues les plus dangereuses. En cohérence avec ce plan interministériel, un Plan régional de réduction des Pesticides (P2RP) a été mis en place en Poitou-Charentes.

Des initiatives intéressantes mais encore fragmentaires ont déjà permis ou vont permettre d’envisager quelques améliorations de la situation :
- la démarche "Re-Sources", initiée en 2002 pour reconquérir les ressources en eau dans les bassins d’alimentation de captage d’eau potable, s’est concrétisée par la signature en 2005 d’une convention-cadre multipartenariale pour un programme pluriannuel d’ animation, de diagnostic et d’actions concernant 14 sites pilotes (3 sites en Charente) (source : Réseau partenarial des données sur l’eau).
- la gestion des déchets liés à l’utilisation des pesticides s’est améliorée et la récupération des emballages vides de produits phytosanitaires (EVPP) et de produits phytosanitaires non utilisables (PPNU) est pratiquée depuis quelques années sur la région. Cette filière nommée ADIVALOR, également destinée aux professionnels non agricoles, devra être généralisée pour être efficace ;
- des formations accessibles aux professionnels non agricoles sont proposées par la FREDON (Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles) en collaboration avec le Ministère de l’Agriculture par le biais du CNFPT (Centre National de la Fonction Publique Territoriale).

Quelles propositions ?

Nous pouvons nous inspirer de celles de France Nature Environnement, la fédération nationale des association de protection de la nature et de l’environnement, que l’on peut retrouver dans son cahier de propositions dans le cadre du Grenelle de l’Environnement ainsi que dans les documents de sa campagne « Pesticides : stop ou encore ? » initiée en 2006, en accompagnement du plan interministériel.

Pour les usages non agricoles, il faudrait :
-  réduire de façon drastique les quantités de pesticides employées et bannir les pesticides classés C.M.R ;
-  pour les collectivités, former le personnel à la gestion différenciée des espaces verts et à des techniques d’entretien de la voirie permettant d’abandonner l’emploi des pesticides ;
-  pour les jardiniers amateurs, populariser les pratiques et les produits respectueux de l’environnement, de la biodiversité et de la santé ;

Pour les usages agricoles, il faut tendre le plus rapidement possible vers une agriculture durable, c’est-à-dire socialement, économiquement et environnementalement acceptable, une agriculture qui n’aurait plus grand chose à voir avec l’agriculture actuellement dominante, en grande majorité productiviste, polluante et peu respectueuse de la biodiversité, ni même peut-être avec l’agriculture dite « raisonnée » que s’efforce de promouvoir depuis 1993 l’Union des Industriels des Produits Phytosanitaires (UIPP) par l’intermédiaire de l’association Farre.

Au minimum, il faudrait dans un premier temps :
-  retirer immédiatement du marché tous les pesticides toxiques classés C.M.R. c’est-à-dire cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques et les perturbateurs endocriniens ;
-  réduire de moitié en 5 ans l’utilisation des autres pesticides (en nombre de traitements par hectare et par an par exemple) et interdire les épandages aériens ;
-  encourager la recherche agronomique pour développer la lutte intégrée dans laquelle l’emploi de produits chimiques est limité au strict nécessaire, privilégiant par exemple les insectes auxiliaires des cultures ;
- augmenter de façon conséquente les aides à l’agriculture biologique de façon à lui permettre d’atteindre 10% de la SAU d’ici 5 ans.

En guise de conclusion, citons un rapport de la FAO (Food and Agriculture Organization), organe de l’ONU, présenté en mai 2007 à Rome lors de la conférence internationale Agriculture biologique et sécurité alimentaire » : « Des modèles récents suggèrent que l’agriculture biologique a le potentiel de satisfaire la demande alimentaire mondiale, tout comme l’agriculture conventionnelle d’aujourd’hui, mais avec un impact mineur sur l’environnement ».

Viviane BEAU - Administratrice de Charente Nature, Membre de la commission "Eau"

Jacques BRIE - Vice-Président de Charente Nature, Responsable de la commission "Eau"

Article extrait de la revue Charente n° 255-256 - Avril-mai 2008, d’après un article de Roland CAIGNEAUX - Vice-Président de Vienne Nature


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