Nos rivières mises en grave danger par de nouvelles politiques publiques

vendredi 22 mai 2015 par charentenature

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République

Nos rivières de France sont en grave danger.

Alors que depuis plusieurs dizaines d’années les efforts conjugués des pouvoirs publics et de l’ensemble des usagers et partenaires, notamment associatifs que nous représentons, ont permis une longue et progressive reconquête de ce patrimoine irremplaçable, deux décisions récentes de votre gouvernement viennent de remettre en cause brutalement et de manière unilatérale, cet acquis environnemental essentiel.

Par ces deux décisions, le gouvernement met clairement nos rivières en danger, et tourne le dos délibérément aux engagements qu’il a lui‐même pris vis‐à‐vis de l’Union Européenne dans le cadre de la Directive Cadre sur l’Eau de 2000 (DCE).

Non seulement l’objectif de 2/3 des cours d’eau en « bon état écologique » en 2015 sur lequel nous nous étions engagés vis‐à‐vis de l’Europe ne sera pas atteint, mais, qui plus est, ces deux décisions sont de nature à compromettre l’atteinte de nos objectifs pour la prochaine échéance de 2021. Elles menacent significativement et durablement le maintien des acquis environnementaux si difficilement et chèrement obtenus ces dernières années.

Elles sont de nature à réduire encore et à accélérer la chute abyssale de la biodiversité de notre territoire, alors même qu’on prétend la freiner, voire l’arrêter grâce, au projet de loi biodiversité en cours d’examen par le parlement. Ces décisions concernent d’une part la promotion et le développement de l’hydroélectricité, et d’autre part l’agriculture dans ses relations avec l’environnement.

1 – La promotion et le développement de l’hydroélectricité

Nous demandons l’arrêt immédiat de l’appel d’offres sur le développement de l’hydroélectricité, énergie renouvelable mais non soutenable au sens du « développement durable ».

Nous sommes favorables au développement des énergies renouvelables mais pas au prix de l’altération des derniers tronçons de rivières et de la destruction de leurs fonctionnalités écologiques pour un gain énergétique dérisoire.

Cette énergie, qui a atteint depuis longtemps sa maturité technique, qui est déjà indirectement, et fortement aidée au travers de tarifs de rachat très profitables financés par la contribution obligatoire de chaque abonné, n’a pas à être développée, mais elle doit être au contraire maitrisée et strictement mise aux normes environnementales afin de respecter les cours d’eau non encore aménagés qui nous fournissent des services inestimables, significativement supérieurs à leur intérêt énergétique.

Nous demandons qu’aucun nouvel équipement hydroélectrique quelle qu’en soit la taille, ne soit autorisé. Que seule soit admise une optimisation énergétique du parc existant sous réserve de son amélioration écologique la plus aboutie. Nous demandons l’application stricte des dispositions du Code de l’environnement concernant la continuité écologique qui doit être impérativement protégée et renforcée.

Nous demandons que les pouvoirs publics mettent en oeuvre l’ensemble des moyens possibles, juridiques, financiers, administratifs et en personnel pour atteindre nos objectifs DCE, notamment dans les administrations concernées, les agences de l’eau et l’ONEMA, et renoncent impérativement à toutes les politiques contraires, de nature à nous empêcher de les atteindre, notamment dans le domaine de la biodiversité aquatique.

L’appel d’offres hydroélectricité fait partie de ces politiques contraires à cet objectif fondamental qui nous oblige vis‐à‐vis de l’Europe, et c’est pourquoi il faut y renoncer.

2 – Concernant la communication en Conseil des Ministres du 18 février 2015 concernant l’agriculture et notamment ses relations avec l’environnement

Nous demandons de :

‐ maintenir les seuils des ICPE et non de les augmenter afin de continuer à maîtriser et réduire les pollutions des rivières, ‐ nous tourner vers une agriculture économe en eau, au lieu de développer des réserves d’eau pour l’irrigation qui ne feront qu’accentuer la pression sur la ressource, ‐ ne pas établir de cartographie des rivières, pour ne pas encourager l’affaiblissement de la protection de l’eau, des écosystèmes et la prévention des inondations,

La France compte 500 000 km de rivières qui constituent un patrimoine naturel exceptionnel qui rend d’inestimables services environnementaux (et donc sanitaires), sociaux et économiques. C’est un capital vital pour la qualité de vie de nos concitoyens, source d’aménités nombreuses et de ressourcement, et la beauté de ce patrimoine exceptionnel participe grandement à l’attractivité de notre pays, la France.

Il ne faut pas le sacrifier pour quelques mégawatts d’énergie électrique en plus, ou pour satisfaire au paradigme dépassé d’une agriculture productiviste. Il y a aussi une économie autour de la conservation de ce patrimoine naturel largement aussi beau et cher au coeur des français que notre patrimoine culturel.

Il faut impérativement préserver et améliorer ce patrimoine extraordinaire, fragile et irremplaçable qui est notre bien commun, et renoncer à tout ce qui pourrait l’altérer ou le détruire.

Le Président de la Fédération Nationale de la Pêche en France

Le Président de France Nature Environnement


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