Gestion de l’eau... au travers les communiqués de presse...

jeudi 2 juin 2011 par Jacques BRIE (Administrateur)

Dès le mois de mars, nous le savions…

Les nappes d’eau souterraines sont les seules ressources qui permettent aux rivières d’exister durant l’été et au début de l’automne. En mars, la majeure partie des nappes étaient inférieures à la moyenne et à compter d’avril, terminées les pluies efficaces (s’il pleut c’est bien utile à la végétation mais l’évaporation étant supérieure à la pluie, il n’y a plus de recharge possible des nappes).

L’arrêté-cadre qui définit la gestion de l’eau a donc été pris en connaissance de cause, ; M. le Préfet a tenu de nombreuses réunions de travail, il a réuni plusieurs fois l’Observatoire de l’eau. Enfin, devant les difficultés qui s’annonçaient, il nous a garanti qu’à situation exceptionnelle il prendrait des mesures exceptionnelles et notamment l’état des rivières complèterait les seuils d’arrêt.

Pour faire prendre conscience de la situation nous avons contribué à l’organisation d’une conférence de presse au titre du collectif Carg’Eau. 17 associations membres de ce collectif se sont retrouvées le 6 mai sur le bassin de l’Aume, près d’Aigre pour attirer l’attention sur une situation déjà très déficitaire.

 Année 2011 aride, l'heure aux économies

« Le constat de faiblesse des ressources en eau est flagrant en ce début de printemps et les nappes phréatiques qui alimenteront les rivières l’été n’ont plus aucune chance de se recharger.

Des difficultés sont à prévoir, notamment pour l’alimentation en eau potable des populations et pour les milieux aquatiques, priorités du Code de l’environnement.

L’irrigation de printemps est-elle nécessaire ? Si l’eau est utilisée pour augmenter les rendements, elle doit être considérée comme un intrant au même titre que les engrais. Lorsque l’eau devient rare est-il raisonnable de la considérer comme un intrant et d’irriguer le blé ?

La qualité de l’eau risque aussi de s’en ressentir, notamment pour les rivières, exutoire des stations d’épuration. Les rivières ne pourraient pas jouer leur rôle post-épurateur, et l’objectif de "bon état" des eaux serait compromis.

Les restrictions horaires d’irrigation des cultures prises par les Préfets sont un début de réponse. Elles s’appuient sur les arrêtés-cadres habituels dans chacun des 4 départements alors que nous sommes dans une situation exceptionnelle qui doit déclencher des mesures exceptionnelles !

Il serait intolérable de voir, comme les années passées, des prélèvements pour l’irrigation dans des bassins à moitié asséchés !

Nos organisations (environnement, pêche, consommation) parties prenantes dans la gestion de l’eau attirent l’attention des pouvoirs publics, c’est dès maintenant qu’il faut anticiper.

La gestion de l’eau en Poitou-Charentes concerne 1 600 000 habitants ! »

Ensuite, le 14 mai, l’Assemblée Générale de Charente Nature a voté, à l’unanimité, une motion.

 La gestion de l'eau en 2011

« Chaque année, l’assèchement des rivières constitue une grave atteinte aux milieux naturels, souvent irréversible lorsque sa durée devient importante.

Force est de constater que les mesures employées jusqu’alors ont été insuffisantes pour maîtriser les prélèvements pour l’irrigation agricole, la plus grosse consommatrice, en particulier l’été lorsque l’eau est la plus rare. En conséquence, et comme les années semblables, la moitié des rivières ont été asséchées en 2010 (780 km asséchés sur 1 580 km observés).

Pour l’année 2011, et sous la pression des irrigants, le Préfet n’a pas modifié les seuils d’arrêt des prélèvements dont un relèvement significatif permettrait une amélioration.

Le Préfet a préféré adopter d’autres mesures, privilégiant la concertation ; il nous assure que l’objectif est bien la maîtrise des consommations d’eau et la réduction des assecs en longueur et en durée.

Réunie en Assemblée Générale le 14 mai 2011 à Angoulême, Charente Nature réaffirme son attachement à une concertation centrée sur le retour à l’état normal des rivières et de leur biodiversité et rappelle que l’atteinte de cet objectif est conditionnée par le respect des engagements pris par le représentant de l’Etat. »

La Charente davantage frappée par chaleur et sécheresse

La venue du Président de la République en Charente, le 9 juin, nous a conduit à apporter quelques précisions et nous avons, au titre de Poitou-Charentes Nature, diffusé ce communiqué :

 Les réserves d'eau une "fausse bonne solution" !

« La crise météorologique exceptionnelle que nous traversons est cyniquement utilisée par les tenants de l’agriculture la plus intensive, qui est l’une des premières causes de la dégradation de la qualité des milieux, pour "vendre" la solution de pseudo "bon-sens" que représenterait la "création de ressources", sous la forme de réserves artificielles. Il s’agit surtout pour eux de se faire La gestion de l’eau en 2011financer des aménagements extrêmement coûteux, à leur seul profit mais aux dépens des finances publiques.

Chaque été, entre le tiers et la moitié des cours d’eau et zones humides de la région sont artificiellement asséchées, ce qui perturbe leurs équilibres biologiques et affaiblit, entre autres effets, leur capacité de résistance face à une situation de crise exceptionnelle telle que celle rencontrée ce printemps.

En se livrant à une promotion à ce point exacerbée de ce type d’ouvrages, leurs défenseurs reconnaissent de fait la situation de surexploitation des nappes et des rivières, après l’avoir longtemps niée.

Or, le stockage artificiel de l’eau est déjà bien avancé dans la région, avec une myriade de petites retenues sur les terrains imperméables, des réserves de substitution (ou non) déjà construites ailleurs et de grands ouvrages comme les barrages de Mas-Chaban et de Lavaud sur le bassin de la Charente ; pourtant, la question n’est pas résolue !

Les promoteurs de ce type de "solution" n’ont pas trouvé meilleur argument que ce qui s’avère être un véritable poncif ! Prétendre que l’eau qui "va à la mer" est "perdue" revient à nier le cycle naturel de cet élément vital, qui doit pouvoir continuer à circuler entre ses divers compartiments. L’extraordinaire productivité des eaux littorales est générée par l’apport de l’eau douce, sous réserve que celle-ci soit équilibrée en quantité et de bonne qualité. En hiver, les rivières et les zones humides ont besoin de crues pour se régénérer. C’est en hiver seulement que les nappes souterraines se rechargent significativement. Les niveaux des marais et les débits des cours d’eau doivent être suffisants au printemps pour assurer les cycles biologiques indispensables à leurs fonctions épuratoires.

Il existe d’autres voies que la fuite en avant vers des aménagements qui font perdurer des pratiques dévastatrices, y compris quant à la qualité de la ressource en eau. L’exploitation de celle-ci devrait être orientée en priorité vers l’alimentation en eau potable.

Il est urgent de revenir à une agriculture adaptée au territoire, moins dépendante d’apports d’eau estivale, en réintroduisant dans les assolements des céréales d’hiver, la luzerne …

La construction de nouvelles retenues est la solution non seulement la plus coûteuse, mais aussi la plus rigide, puisqu’elle fige une pratique agricole inadaptée qui contraindra, pour le bénéfice de quelques-uns, à une fuite en avant technologique permanente, sans garantie de résultats. C’est donc la plus mauvaise des solutions face au changement climatique qui risque d’augmenter la fréquence d’évènements météorologiques exceptionnels.

C’est pourquoi les associations de protection de la nature et de , fédérées par Poitou-Charentes-Nature, sont opposées à la généralisation des réserves d’eau agricoles, même dites de "substitution" ».

De son côté notre Fédération France Nature Environnement s’enquiert de la situation et diffuse le communiqué suivant le 10 juin :

 Irrigation et stockage de l'eau : FNE demande toujours un débat public

« En visite en Poitou-Charentes, M. Sarkozy a suivi les demandes de la FNSEA et a annoncé jeudi un plan de création de retenues d’eau et de réduction des volumes d’eau utilisés par l’agriculture, estimé par FNE à 2 milliards d’euros. Pour FNE, ce plan et ses alternatives doivent être examinés lors d’un débat public que réclame l’association depuis 2 ans.

Si la sécheresse exceptionnelle que connaît la France justifie la solidarité nationale, la crise que nous traversons ne doit pas être utilisée par les tenants de l’agriculture la plus intensive pour exiger la création massive de retenues d’eau comme solution universelle. Face aux enjeux, un débat est nécessaire.

2 milliards d’euros pour l’irrigation ?

Pour la FNSEA, « il suffirait de stocker 400 millions de mètres cubes d’eau pour pallier les situations de sécheresse ». Le syndicat agricole oublie de préciser qu’à 5 euros le mètre cube, ce sont 2 milliards d’euros d’argent public qu’il faudrait investir. Non seulement nous n’en avons pas les moyens, mais ce type d’irrigation n’est pas rentable. « Le choix du tout-stockage serait un hold-up insupportable. Ce système profite à quelques agro-industriels et leurs productions spéculatives, pas à la majorité des agriculteurs, pas aux éleveurs, pas à l’environnement. Quant aux économies d’eau, nous attendons du concret depuis 2006 et l’État recule en permanence ! », souligne Bernard Rousseau, responsable des politiques de l’eau à FNE.

Le développement d’une agriculture intensive et polluante

En Adour Garonne, près de 800 millions de mètres cubes sont déjà stockés, qui ont montré leurs insuffisances : avec les retenues d’eau se sont développées les cultures intensives de maïs irrigué, au détriment des cultures sèches. Chaque fois, les demandes en eau ont continué d’augmenter, comme la pollution des eaux par les pesticides et les nitrates.

Un débat public est nécessaire sur notre modèle agricole

Pour l’INRA, « il faut une réforme en profondeur des pratiques agricoles ». Les alternatives existent : il faut diversifier les cultures, réhabiliter le sorgho, la luzerne et les céréales d’hiver, arbitrer entre productivité maximale et sécurité des exploitations. L’État et les collectivités doivent aider à la structuration de filières économiques alternatives : c’est cette politique d’intérêt général que doit financer l’argent public. Pour Jean-Claude Bévillard, responsable des politiques agricoles à FNE : « Nous avons proposé un modèle d’agriculture à Haute Valeur Environnementale, utilisant peu d’intrant dont l’eau fait partie, qui est aujourd’hui reconnu par l’Etat. Il faut que l’État s’engage ! »

Le tout-stockage engagerait la politique agricole et environnementale de la France pour les 50 ans à venir. « Ce plan ne doit pas être négocié sur un coin de table entre l’État et les représentants agricoles, cela regarde aussi les français. Ils ont le droit de savoir et de décider : c’est leur argent, leur alimentation, leur environnement. Certains stockages sont peut être nécessaires, mais nous demandons au Gouvernement d’organiser un véritable débat public sur ce sujet et sur les alternatives », conclut Bruno Genty, Président de France Nature Environnement ».

La région Poitou-Charentes étant la plus touchée par la sécheresse, et la nécessité de tempérer l’ardeur des pro-réserves, Bruno Gentil, Président de France nature Environnement se rend dans notre région le 17 juin. Il rencontre la DREAL, la Préfète des Deux-Sèvres et vient constater les assèchements et l’absence d’effets positifs des réserves.

 Irrigation et stockage de l'eau : le Président de France Nature Environnement en visite en Poitou-Charentes

« M. Sarkozy, en visite à La Rochefoucauld (Charente) le 9 juin dernier, a dévoilé le plan d’aide aux agriculteurs. Parmi les mesures, le plan de développement des retenues d’eau fait craindre à France Nature Environnement une fuite en avant vers une agriculture productiviste. FNE demande un débat public*. Dans le cadre de la sécheresse exceptionnelle qui frappe la France, FNE rappelle que le manque d’eau est structurel et dû à une surexploitation chronique de la ressource par certaines cultures intensives telles que celle du maïs qui met à mal les milieux naturels. Les mesures de stockage d’eau, extrêmement coûteuses, ne seront pas sans conséquence pour les zones humides en hiver et perdureront un modèle agricole polluant. Le Président de FNE a choisi le département des Deux-Sèvres pour son déplacement car la situation de celui-ci est particulièrement préoccupante. Rappelons qu’une rivière sur deux est asséchée chaque année dans ce département ».

Les nombreux appels qui arrivent au siège de Charente Nature témoignent d’une grande inquiétude des nos membres et sympathisants. Le plus souvent sont signalés des excès d’irrigation alors que les captages d’eau potable faiblissent, l’irriogation de voies publiques ou bien des terres transformées en marécage ! Charente Nature publie alors ce communiqué le 30 juin.

 Sécheresse, une gestion de l'eau inadaptée

« La sécheresse qui se poursuit en Charente amplifie toutes les difficultés liées aux très basses ressources identifiées depuis le mois de mars.

De nombreux appels arrivent à notre siège pour exprimer des inquiétudes : comment continuer à prélever dans les nappes alors que les cours d’eau sont asséchés ? Ces faits sont corroborés par les l’état des lieux, les relevés effectués par la Fédération de pêche indiquent à ce jour 180 km de cours d’eau asséchés (Argence, Auge, Aume-Couture, Nouère, Soloire, Tardoire, Transon) alors que sur ces bassins l’irrigation continue.

Pour Charente Nature, cette situation est inacceptable, elle montre très clairement l’inadaptation de la gestion de l’eau face à la situation exceptionnelle et les prélèvements autorisés accélèrent les assèchements. Un arrêt des prélèvements s’impose au moins sur ces 7 bassins.

Par ailleurs, tous les volumes et débits prélevés se retranchent des volumes et débits alimentant la Charente, la nappe et par suite l’estuaire de la Charente ; ils sont vitaux, non seulement pour les milieux mais aussi pour de nombreux usages ».

La situation au 15 juillet

La Charente a franchi le DCR (débit de crise ou débit à partir duquel sont mis en péril les milieux naturels et l’alimentation en eau potable) malgré la réalimentation par les barrages de lavaud et de Mas-Chaban. Pourtant ces barrages sont bien destinés à soutenir les étiages du fleuve Charente afin de préserver les écosystèmes et garantir l’approvisionnement en eau potable.

Pour plusieurs bassins, il a fallu attendre que des km de rivières soient asséchées pour arrêter l’irrigation. Ces constats montrent, une fois de plus, que les seuils d’arrêt des prélèvements qui n’ont pas permis de prévenir les assèchements doivent être revus.

Jusqu’à la dernière goutte

Monsieur le Préfet a réuni une dernière fois les acteurs de l’eau le 28 juillet. Il s’agissait d’autoriser jusqu’au 8 août l’irrigation dans les bassins dont ni les seuils d’arrêt ni les assèchements étaient atteints. Ainsi, l’irrigation a pu reprendre sur 9 bassins. Charente Nature a exprimé son désaccord avec ces nouvelles autorisations, arguant d’assecs partiels, de l’insuffisance de connaissances et de moyens pour maîtriser ces prélèvements et soulignant les rivières déjà asséchées.

L’irrigation devrait encore rester possible pour les cultures dérogatoires, et lorsque les prélèvements se font dans les nappes profondes ou dans les retenues.

Ainsi se termine l’action de l’Etat pour la gestion de l’eau 2011, mais il faut bien noter que les ressources naturelles constituées par les nappes d’eau souterraines vont continuer de décroître alors qu’elles doivent encore alimenter les rivières et les réseaux d’eau potable pendant 2 mois

Nous souhaitons aussi rappeler que pour Charente Nature le stockage de l’eau n’est qu’un élément de gestion de l’eau. Par conséquent, toutes pistes doivent êtres explorées et notamment l’évolution des modèles agricoles, c’est aussi toute la surface agricole, et pas seulement les 10 % irrigués, qui doivent être reconsidérés. A ce titre, il nous paraît intéressant de nous inspirer de cet article sur l’INRA paru dans le journal Le Monde du 5 juin ; en voici quelques extraits.

 Face au réchauffement, l'INRA appelle l'agriculture à évoluer

« Exceptionnelle, la sécheresse 2011 ? Pas sûr. La météo actuelle correspond au climat qui guette la France vers la moitié du siècle sous l’effet du réchauffement, prévient l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Alors que les agriculteurs en appellent à la solidarité nationale et que la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) réclame un "plan national de stockage de l’eau", les chercheurs de l’INRA ont suggéré, vendredi 3 juin, une réforme en profondeur des pratiques agricoles.

« Ajouter quelques retenues d’eau ici ou là, pourquoi pas. Mais étant donné la raréfaction attendue des pluies, il faut surtout modifier notre système de culture, même si les syndicats agricoles n’aiment pas entendre ce discours », estime Nadine Brisson, directrice de recherche à l’unité Agroclim de l’INRA, à Avignon.

Les chercheurs listent plusieurs pistes : déplacer les aires de culture vers le Nord, décaler les cycles de cultures pour éviter que les moments où les plantes ont de grands besoins en eau coïncident avec les périodes de pénurie - cas typique du maïs -, remplacer une partie des surfaces semées en maïs par des cultures d’hiver moins gourmandes en eau, comme le blé ou le colza.

Pour l’INRA, les agriculteurs doivent réévaluer leurs choix stratégiques : faut-il semer du maïs ou du sorgho ? Accroître les stocks de fourrage ? Choisir les vaches laitières les plus productives, qui sont aussi les plus difficiles à nourrir ? « Il faut arbitrer entre la productivité et la sécurité, trouver un nouvel équilibre entre la performance du système en année normale et sa résistance en année extrême », analyse Jean-François Soussana, le directeur scientifique environnement de l’INRA.

Une partie de ces petites révolutions est applicable dès à présent pour faire face à la crise. Alors que la production de fourrage a chuté au moins de moitié, plongeant les éleveurs dans une situation catastrophique, l’INRA recommande d’intercaler dans le cycle de cultures une récolte improvisée. « Les moissons précoces libèrent des surfaces sur lesquelles on peut semer des cultures fourragères comme le millet ou le ray gras d’Italie, qui poussent très vite à la moindre pluie », suggère Christian Huyghe, directeur scientifique adjoint chargé de l’agriculture.

Jacques BRIE - Vice Président de Charente Nature, responsable de la commission "Eau"

Article extrait de la revue Charente Nature n° 284 - Avril-mai-juin 2011


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