Cinq chiffres alarmants sur la préservation des milieux naturels en France

mercredi 7 janvier 2015 par charentenature

Le ministère de l’Ecologie répertorie les menaces qui pèsent sur les milieux naturels dans l’hexagone, dans un rapport publié vendredi 5 décembre.

Article du Monde

Le marais Vernier est en zone humide de 4 500 hectares située dans l’Eure.

Z.A.D. Zone à défendre, Trois lettres, trois mots hissés en étendard par des militants écologistes et défenseurs de l’environnement. A Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), à Sivens (Tarn), à Roybon (Isère), des citoyens mènent un combat contre des projets contestés, qu’il s’agisse d’un aéroport, d’un barrage ou d’un Center Parcs. Ils se font les portes-paroles d’un environnement menacé.

Mais ces zones défendues ardemment par les opposants à ces projets sont-elles réellement en danger ? Le ministre de l’Ecologie et du Développement durable a publié, vendredi 5 décembre, un rapport sur l’état de l’environnement en France. Le document montre que certains progrès ont été réalisés grâce à la législation et à l’évolution des comportements. Néanmoins, la situation reste préoccupante, conclut le texte. Francetv info a choisi cinq chiffres qui illustrent la situation des les milieux naturels de l’hexagone.

68 000 hectares de terres disparaissent chaque année

Le constat. Depuis 1993, la France connaît un phénomène dit d"’artificialisation" des sols. En clair, des terrains naturels ou dédiés à l’agriculture sont transformés en zones bâties ou en zones "stabilisées", c’est-à-dire en routes, parkings… Entre 2006 et 2012, 68 000 hectares de terres naturelles ou agricoles ont disparu chaque année. C’est l’équivalent d’un département tous les dix ans, note le rapport. En 2012, les zones artificialisées, représentaient 9,1% du territoire, contre 8,4% en 2008.

Les risques. En rendant des sols imperméables, les ruissellements sont accentués, au détriment de l’infiltration de l’eau. Cela favorise la sécheresse et les risques d’inondations. Les zones humides, comme les marais et les tourbières, sont également englouties. Ces zones humides ne représentent que 2% des sols. Or elles ont un rôle clé notamment dans la recharge des nappes superficielles et souterraines. Elles améliorent aussi la qualité de l’eau en retenant des nutriments comme l’azote, les phosphores. Les zadistes de Sivens ou de Roybon invoquent tous la protection de ces milieux humides pour protester contre le projet du barrage ou de Center Parcs. L’extension des pôles urbains sur les terres se fait également à 90% au détriment des "bonnes terres" pour l’agriculture, signale le rapport. Dix régions (Aquitaine, Bourgogne, Haute-Normandie, Île-de-France, Languedoc-Roussillon, Lorraine, Midi-Pyrénées, Nord Pas-de-Calais, Pays-de-la-Loire et Rhône-Alpes) ont ainsi perdu entre 33 et 62% de leurs terres à "fort potentiel agronomique".

14 % du littoral est artificiel

Le constat. Le littoral est particulièrement concerné par la transformation des terres naturelles ou agricoles. La densité est de 285 habitants /km² : c’est 2,5 fois plus que la densité moyenne en métropole. Plus on se rapproche des rivages, plus cette densité augmente. On l’estime à 400 habitants par km² sur les côtes de la Manche, de la mer du Nord et de la Méditerranée. Résultat : 14% du territoire de ces communes littorales est artificialisé, soit soit deux à trois fois plus que la moyenne hexagonale. A moins de 500 mètres des rivages, la part du territoire occupé par les terres artificialisées grimpe jusqu’à 28 %.

Les risques. Avec la densité de population, les déchets rejetés en mer ne diminuent pas, note le rapport. L’Ifremer note la présence de 150 millions de déchets sur les fonds sous-marins de la mer du Nord, de plus de 50 millions dans le golfe de Gascogne, de la côte à la limite de plateau, et de 175 millions dans le bassin nord-ouest de la Méditerranée. Ces déchets sont constitués d’électroménager, de sas ou particules plastiques, de mégots… Ces pollutions perturbent l’éco-système côtier, déjà fragile, selon le rapport. Par ailleurs, la pression démographique et l’artificialisation des sols aggravent l’érosion côtière et les risques de submersion marine.

Toujours des constructions en zone inondable

Le constat. Entre 2006 et 2012, les surfaces urbaines construites en zone inondables ont augmenté de 21 km². Or, sur la période 1950-2012, les inondations représentent les deux tiers des événements naturels graves en France, relève le rapport. Depuis 1992, ces inondations sont de plus en plus fréquentes. Le sud de la France a encore été fortement touchée en novembre par ces intempéries. Au total, 3,7 millions de logements sont situés dans les zones inondables enregistrées en 2013.

Les risques. Le rapport publié par le ministère de l’Ecologie fait le lien direct entre l’accroissement de l’urbanisation dans les zones inondables et la recrudescence d’évènements graves lors des catastrophes naturelles. Ainsi l’urbanisation amplifie la gravité de l’évènement en cas de crue. Les sols étant imperméables, à cause de leur artificialisation, les hauteurs d’eau sont plus importantes, ainsi que les vitesses d’écoulement de l’eau.

20% des espèces sont menacées

Le constat. L’urbanisation des terres, l’artificialisation des sols fragilisent l’habitat de nombreuses espèces. L’usage massif de produits phytosanitaires dans l’agriculture intensive, la surpêche, sont aussi des menaces pour la biodiversité. Résultat : 20% des espèces de l’hexagone sont menacées de disparition. Parmi les espèces menacées, on compte des crustacés et des poissons d’eau douce, des oiseaux nicheurs, des amphibiens, mais aussi des requins, des raies et des reptiles.

Les risques. La disparition de certaines espèces fragilisent la chaîne alimentaire et la biodiversité. Par exemple, les crustacés d’eau douce menacés servent de base alimentaire à bien d’autres espèces. La disparition des papillons inquiète par ailleurs les spécialistes, car ils participent à la pollinisation des plantes à fleurs.

93% des cours d’eau pollués sont pollués par des pesticides

Le constat. En 2001, des pesticides ont été identifiés dans 93% des cours d’eau essentiellement dans le bassin parisien, dans le nord de la France, en amont du Rhône et plus ponctuellement dans les Pays de la Loire. De 1 jusqu’à 20 pesticides ont été observés. Sur les 15 pesticides les plus fréquemment retrouvées dans les nappes de métropole, 12 sont interdites ou sont issues de molécules interdites. Cela s’explique par des nappes phréatiques qui se renouvellent moins rapidement. La pollution aux nitrates reste préoccupante, selon le rapport.

Les risques. Les nitrates s’accumulent dans les nappes phréatiques, et peuvent provoquer des "marées vertes". Les nitrates présentent également des risques pour la santé. Leur présence dans l’eau potable est réglementée. Les pesticides sont surtout pointés du doigt pour la santé de l’homme. Ils sont soupçonnés, entre autres, d’augmenter les risques de développer un cancer.

Article paru dans le Monde du 5 décembre 2014

Par Carole BELINGARD


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