Année mycologique 2011 en Charente

jeudi 3 mai 2012 par Gaston HEUCLIN (Administrateur)

A bien des égards, cette année a ressemblé à la précédente. Ce furent l’une et l’autre des années de sécheresse, 2011 plus encore que 2010, à l’exception des mois d’été, juillet et août, qui ont été assez copieusement arrosés. Ils l’ont même sans doute trop été au goût des vacanciers, mais pour les mycologues (et pour les mycophages) août, la première quinzaine surtout, a été une aubaine. Cela ne s’est que partiellement répercuté sur nos relevés car, comme les années précédentes, nous n’avons pas programmé de sorties au cours de ces deux mois d’été. Mais nous avons pris en compte les récoltes personnelles dûment authentifiées qui nous ont été communiquées, et nous avons ainsi pu recenser plus de 200 espèces au cours de ce mois d’août. Heureusement, car de janvier à juin la sécheresse a été crescendo, au point de prendre des proportions très inquiétantes, et à l’automne le retour du temps chaud et sec nous a contraints d’attendre la fin de l’année pour faire des récoltes convenables (voir tableau 1). Ces conditions météorologiques défavorables ont eu inévitablement des conséquences néfastes sur le temps fort de notre activité annuelle, l’exposition que nous montons dans le cadre de nos journées mycologiques. En temps normal le total des espèces exposées tourne autour de 300. Mais à Châteauneuf, si nous sommes péniblement parvenus à en présenter la moitié, c’est grâce au renfort de notre ami charentais-maritime, Patrice Tanchaud, qui est venu nous secourir les bras chargés de cageots salvateurs. Qu’il en soit ici vivement remercié. Et, en dépit des espaces vides que nous avons dû laisser sur les tables, nous gardons un excellent souvenir de cette exposition, la municipalité de Châteauneuf ayant fait tout ce qu’il fallait pour qu’elle se déroule dans une ambiance très sympathique. Nous avons aussi trouvé d’autres sources de satisfaction auprès du public qui a fait salle comble à notre conférence sur le thème "comment déterminer un champignon" et dans les écoles où nous n’avons pas eu d’efforts à faire pour capter l’intérêt d’enfants à la curiosité toujours en éveil.

Amanite tue mouche-Marie Chevalérias-Charente Nature

Sur l’ensemble de l’année, nous avons effectué 24 sorties. Si nous avons pu garder ainsi le rythme des derniers exercices, c’est grâce au concours de nos partenaires, et notamment des anciens, des fidèles comme l’A.A.N.E. (Association des Amis de la Nature et de l’Environnement du pays d’Horte et de Lavalette) de Claude Richon qui n’a pas son pareil pour rassembler des troupes, Yves-Michel Foucaud qui nous fait arpenter systématiquement les bois des communes autour de Rioux-Martin, la commune d’Ecuras avec le maire de laquelle, Claude Fils, une vieille complicité nous lie, et, bien sûr, l’association Culture et Loisirs de Gensac-la-Pallue dont le dynamique animateur, Jacques Beaulieu, nous réserve toujours une place de choix à son marché de Noël, ce qui fait habituellement de la sortie et de l’exposition de Gensac notre deuxième manifestation de l’année par ordre d’importance, et même, cette fois-ci, la première, car, comme nous l’avons vu plus haut, il a fallu attendre les pluies de novembre pour que nous puissions enfin remplir correctement nos paniers. Il serait injuste de ne pas citer aussi d’autres précieux concours, celui des naturalistes du Ruffécois Y. Trichet et J.-M. Texier qui pour la deuxième fois nous ont ouvert l’accès à une région où nous ne pénétrions jamais auparavant, celui de l’Université Populaire du Sud Charente, celui de l’association AILAN à Châteauneuf, celui de la MAPA de La Rochefoucauld, celui de M. Cartraud en terres du Cognaçais et celui de l’association Nature et Découverte. C’est grâce à tous ces partenaires (qu’ils trouvent ici l’expression de nos remerciements) que nous parvenons à quadriller à peu près convenablement le département, comme le montre la carte. Toutefois cette même carte laisse apparaître un vide dans la partie nord-est, celle qui correspond au Confolentais, auquel seuls d’excellents souvenirs nous rattachent. Comme dans la fable, « les ans en sont la cause ».

Si les mycologues charentais sont de moins en moins nombreux (encore que pour la première fois depuis bien longtemps un espoir de relève se manifeste), raison de plus pour entretenir les relations avec l’extérieur. De ce côté-là, tout est au mieux. Il y a longtemps que nous avons adopté le saintongeais Patrice Tanchaud dont la vaste science fait le plus grand bien à notre inventaire. Nous avons toujours plaisir à retrouver nos amis du Poitou et du Limousin, ainsi que le girondin Jacques Guinberteau, organisateur à la pointe de Grave de sessions particulièrement enrichissantes.

En ce qui concerne les espèces recensées, au premier coup d’œil sur le tableau 2 on remarque qu’après une année 2010 déficitaire on est revenu en 2011 à une honnête moyenne.. Les pluies estivales y sont pour beaucoup. Elles nous ont permis notamment de retrouver une bonne partie des beaux bolets qui sont une des principales richesses de la forêt charentaise, et en particulier de la Braconne.. Comment ne pas avoir envie d’évoquer le souvenir de la mémorable session de 1999 où, à un aréopage de mycologues venus d’un peu partout de la Bretagne aux Landes, nous avons pu faire observer une large gamme de bolets, et notamment les fameux xéro-thermophiles dont on connaît peu de stations aussi prolifiques. Ou plutôt dont on connaissait. Car c’était juste avant la terrible tempête de décembre 1999 qui, en ravageant les belles futaies du Gros-Fayant, a rendu bien improbable une nouvelle pousse massive de xéro-thermophiles, c’est-à-dire de bolets amateurs de sécheresse et de chaleur. Un mot d’explication ici n’est peut-être pas inutile. Après avoir imputé à la sécheresse beaucoup des difficultés que nous avons connues, voilà qu’on relie maintenant l’éclosion de certains bolets à cette même sécheresse : en fait, les conditions idéales, en l’occurrence, c’est un temps chaud et sec succédant à des pluies abondantes. C’est ainsi que, pour nous en tenir aux récoltes de l’été 2011, nous avons pu admirer (car ils sont très beaux) Boletus lupinus, B. rhodopurpureus, B. legaliae ou… Boletus satanas, parmi un ensemble de 17 espèces du même genre Boletus.

Un autre fait marquant pour 2011, c’est l’abondance des amanites : 32 espèces recensées, nous n’avions jamais vu cela. Là, il y aurait plutôt une autre raison à invoquer. Depuis peu, l’étude des amanites s’est faite sous un jour nouveau avec la publication de l’ouvrage magistral de Neville et Poumarat. Avant, nous n’aurions pas parlé d’Amanita coryli, d’A. fulvoides, d’A. huijsmanii ou d’A. simulans car nous en ignorions jusqu’à l’existence. On observera aussi pour les cortinaires une hausse sensible qui nous rapproche du niveau normal. Il s’agit en général d’espèces assez tardives qui ont bien profité des pluies de fin d’année.

Il est un autre chiffre qui peut être considéré comme satisfaisant, c’est celui des nouvelles espèces inscrites à notre inventaire : 47, ce qui nous amène en fin d’année à un total de 1966. Le cap des 2000 est en vue et il n’est pas déraisonnable d’espérer l’atteindre à la fin de 2012. A l’heure où nous écrivons ces lignes une part non négligeable du chemin est déjà faite. Sursum corda (Haut les cœurs). On me pardonnera de finir sur une exhortation en latin au moment où cette langue universelle, qui a depuis longtemps acquis ses lettres de noblesse, est en train, dans le monde scientifique, d’être détrônée par l’impérialisme de l’anglais.

Tableau 1

Tableau 2

Carte de répartition

Gaston HEUCLIN - Administrateur de Charente Nature, Responsable de la section "Mycologique"


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