Année mycologique 2010 en Charente

samedi 15 janvier 2011 par Gaston HEUCLIN (Administrateur)

Comme chaque année depuis déjà pas mal de temps, la Section Mycologique de Charente Nature a réparti ses sorties sur 10 mois, laissant juillet et août aux initiatives personnelles. On ne s’étonnera pas que le nombre de ces sorties soit en légère régression (23 contre 25 en 2009) quand on saura que le nombre des organisateurs va lui aussi en diminuant. Heureusement, il reste tout de même autour du noyau dur (mais maigre) des mycologues, renforcé par leurs amis botanistes, quelques partenaires fidèles qu’il nous est toujours agréable de rappeler : Yves-Michel Foucaud, qui nous fait méthodiquement découvrir une à une les communes du canton de Chalais, Claude Richon et son Association des Amis de la Nature et de l’Environnement du pays d’Horte et de Lavalette (A.A.N.E.), la municipalité d’Ecuras avec son maire, Claude Fils, en tête, et l’Association Culture et Loisirs de Gensac-la-Pallue, dont le dynamique animateur, Jacques Beaulieu, nous réserve toujours une place de choix à son marché de Noël, ce qui fait de la sortie et de l’exposition de Gensac notre deuxième manifestation de l’année par ordre d’importance. La première, bien entendu, ce sont nos journées mycologiques, avec notre grande exposition annuelle, qui s’est tenue à Saint-Amant-de-Boixe, mais qui n’a eu de grand que le nom car, s’étant déroulée en pleine période de sécheresse, elle s’est limitée à la présentation de 135 espèces, même pas la moitié de notre chiffre habituel. Heureusement que les pluies de novembre, tardives mais abondantes, nous ont permis de terminer l’année en fanfare et de produire finalement un bilan pas trop catastrophique, même s’il est sensiblement inférieur à celui des années précédentes (voir tableau 2).

Au rayon des satisfactions, notons une assez bonne occupation du terrain, comme on peut le voir sur la carte. Saluons, à cet égard, notre nouveau partenaire, J.-M. Texier, de Barro, dont l’aimable accueil nous permet de prospecter dans le Ruffécois, dont nous étions absents depuis très longtemps. Dommage, en revanche, que les aléas de la vie nous aient fait perdre — momentanément, espérons-le — notre contact avec le Confolentais. Une lecture muette de la carte donne à penser que notre centre de gravité reste celui du département, avec les environs de La Couronne et les forêts de Braconne et de Bois-Blanc. En fait, ce n’est pas tout à fait exact, car la majeure partie de nos récoltes provient du Cognaçais, où officie l’élément le plus actif, le plus infatigable, de notre groupe, qui scrute constamment le terrain aux alentours de sa bonne ville de Bouteville.

Au rayon des satisfactions également, les fructueuses relations que nous entretenons avec nos voisins, ceux du Limousin et ceux du Poitou ; avec ces derniers, nous perpétuons la tradition d’une sortie commune annuelle, ce qui nous a permis de voir des choses très intéressantes dans la belle forêt de Moulière, comme Cortinarius bulbosus ou Aleuria bicucullata. Et il est un partenaire qui mérite une mention spéciale, c’est notre ami de Charente-Maritime Patrice Tanchaud qui non seulement participe à nombre de nos sorties mais également nous tire souvent d’embarras lorsque nous sommes en présence d’une espèce particulièrement difficile à déterminer. Ce mycologue, qui a maintenant atteint un très haut niveau, vient de créer un site internet auquel nous recommandons vivement à nos lecteurs de se référer : mycocharentes.fr.

Au point de vue des espèces récoltées, un coup d’œil sur le tableau comparatif des deux dernières années fait apparaître, comme nous l’avons vu, un déficit sensible de 2010 par rapport à 2009. Il est particulièrement net en ce qui concerne les bolets, les russules et les lactaires qui ne sont pas des champignons de fin d’année et qui ont donc particulièrement souffert des conditions météorologiques défavorables. On remarquera en revanche la progression spectaculaire des coprins, due principalement à l’intérêt que leur portent nos déterminateurs qui en ont inscrit 6 nouveaux à notre inventaire. Les psathyrelles, qui sont proches des coprins, ont-elles aussi suivi la même tendance. Et si l’on parlait en termes de pourcentages, on observerait un bond en avant de 200% pour les deutéromycètes ! Bien sûr, ce chiffre n’a pas grand sens car il est plus facile de passer de 1 à 3 que de 50 à 150, par exemple. Mais tout de même, je me sens du coup obligé de dire un mot de cette classe à part de champignons : on les appelle aussi champignons imparfaits, parce qu’ils sont susceptibles d’évoluer vers une forme plus classique. Ainsi, Ptychogaster albus est dit forme imparfaite d’un polypore, Postia (= Oligoporus) ptychogaster. Les deutéros sont caractérisés par le fait qu’on ne puisse déceler chez eux aucune différenciation sexuelle. Nous n’en avons que 6 à notre inventaire, alors qu’il en existe plusieurs dizaines de milliers ! Mais pour la plupart ce n’est pas au cours de sorties naturalistes qu’on a des chances de les rencontrer. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille forcément aller les chercher très loin : c’est, par exemple sur un bon vieux camembert, ou sur un morceau de roquefort, qu’on peut trouver le plus célèbre d’entre eux, le Penicillium, d’une espèce duquel Fleming a tiré l’antibiotique qui a révolutionné la médecine.

Il est un autre point sur lequel 2010 n’est pas en recul, ce sont les nouveaux à l’inventaire, qui sont au nombre de 65, comme l’année précédente, ce qui veut dire qu’en deux ans la liste des champignons récoltés en Charente s’est enrichie de 130 unités, ce qui représente une croissance de 3,5% que bien des économistes pourraient nous envier ! L’honnêteté exige toutefois que nous précisions que nous avons été bien aidés dans cette progression. Un exemple : à partir d’une bouse de vache (!) que nous avons transmise à un spécialiste des ascomycètes, 8 nouveaux noms sont venus s’inscrire à notre inventaire ! Merci Bruno Coué. Nous reviendrons plus précisément là-dessus dans un numéro de notre revue PICA.

Un dernier événement a marqué l’année mycologique 2010, mais celui-là ne concerne pas que nous : la publication d’un référentiel national a entériné de nombreux changements dans la taxinomie et donc dans la nomenclature des champignons. Non sans quelques réticences, il nous a donc fallu et il nous faut encore nous adapter. Quand il s’agit de simplifications bienvenues, nous le faisons sans réserves. Par exemple, qui regrettera la disparition de la variété inzengae de Fomes fomentarius (l’amadouvier), variété qui devait se distinguer du type par une différence de couleur pas toujours évidente ? En revanche, il est plus difficile de renoncer à regrouper les lycoperdons, les sclérodermes, les calvaties, etc., bref, ce qu’on appelle familièrement les vesses de loup, dans l’appellation commune de gastéromycètes. En tout cas, un chiffre va donner l’ampleur du séisme : sur 1919 champignons inscrits à notre inventaire, 188 ont changé de nom ! On nous dit que pour éviter, ou du moins retarder, la sénescence, il faut faire régulièrement travailler sa mémoire. Eh bien, nous ne manquerons pas de matière pour y pourvoir !

Gaston HEUCLIN - Administrateur de Charente Nature, Responsable de la section "Mycologique"

Tableau 1 Tableau 2 Carte de localisation


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